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Mon propos sera de comparer la construction de la tour de Babel (Gen, 11) avec la construction du sanctuaire (ex, 35-38).
A Babel, l'homme compte pour peu de chose. Dans ce récit, il n'y a pas de nom propre, d'individu. Il s'agit d'hommes qui ont une seule langue (safa : lèvre, langage mais aussi frontière, bord) : toute la terre est un ensemble d'éléments uniformisés: la diversité des cultures humaines est réduite à une même chose, hommes et objets.
" Pirké de Rabbi Eliezer ", chap. 24 : "A Babel si quelqu'un tombait et mourait, ils ne lui prêtaient aucune attention, mais qu'une seule brique tombât, ils s'asseyaient et pleuraient." Quand on nie la singularité de l'homme, qui est pourtant inscrite dans la création, la technique supplante l'homme, qui est ramené au rang de simple main d'oeuvre, forcément moins précieuse qu'un produit manufacturé. Alors on sombre dans la tyrannie et le totalitarisme, dans cette société du même, c'est le règne de l'anonymat. Dans le michkan (sanctuaire) au contraire, les hommes gardent leur individualité. Les ouvriers sont des artisans; ils ont un nom propre : Betsalel, Aholihab... La technique ne les fond pas en une masse indivisible, les ouvriers ont un savoir-faire, des compétences. L'homme a plus de valeur que la construction : "et ils Me feront un sanctuaire, pour que Je réside au milieu d'eux" (Ex. 25,8). Dans la Tour et le Tabernacle, page 44 : "la différence entre une construction faisant appel à une technique destructrice et une construction positive réside donc dans le principe du dialogue, du respect de l'altérité. Cette comparaison illustre le passage de l'homme comme sujet par opposition à ce qu'il devient dans le monde actuel : l'homme comme objet. Alors que la tour de Babel est une construction qui cherche par-dessus tout à unifier, sous le mode de la totalité, les choses comme les hommes, le michkan (sanctuaire) tient à conserver un rapport d'altérité jusque dans ses moindres détails." Le michkan se présente comme une construction que l'on monte et que l'on démonte. Ses éléments ne sont pas rassemblés au point d'être inséparables, de constituer un seul bloc. Ils ont toujours vocation à retrouver leur "individualité" pour être ensuite à nouveau réunis. |
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